Le bilan dit où en est l’entreprise à un instant T ; le compte de résultat dit si elle gagne de l’argent. Mais aucun des deux n’explique d’où vient l’argent investi cette année et comment il a été financé. C’est précisément le rôle du tableau de financement : suivre les flux entre deux bilans, ressource par ressource, emploi par emploi. Voici comment il se construit, selon le modèle du Plan comptable général.
- Le tableau de financement est un tableau emplois-ressources qui explique la variation du patrimoine entre deux bilans successifs.
- Première partie : ressources stables (CAF, apports, emprunts, cessions) face aux emplois stables (investissements, remboursements, dividendes) pour calculer la variation du FRNG.
- Deuxième partie : cette variation se ventile entre variation du BFR (exploitation et hors exploitation) et variation de la trésorerie.
- Modèle de référence : le PCG. Le tableau est obligatoire pour les entreprises tenues d’établir des comptes annexés détaillés (seuils légaux).
Calculateur emplois-ressources : votre variation du FRNG
Saisissez vos emplois stables et vos ressources stables de l’exercice : l’outil calcule la variation du fonds de roulement net global et indique si l’équilibre est une ressource ou un emploi net.
Le tableau de financement, c’est quoi ?
Le tableau de financement est un état de synthèse qui récapitule les flux financiers d’une entreprise au cours d’un exercice. Construit à partir de deux bilans successifs (ouverture et clôture) et de quelques informations de l’annexe, il répond à une question que ni le bilan ni le compte de résultat ne traitent : comment les ressources de l’année ont-elles servi à couvrir les besoins de financement ?
On l’appelle aussi tableau emplois-ressources. Côté ressources : tout ce qui apporte de l’argent durable à l’entreprise. Côté emplois : tout ce qui en consomme durablement. La différence entre les deux mesure la variation du fonds de roulement net global (FRNG), le matelas de financement long terme. C’est un outil clé de l’analyse financière, complémentaire d’une bonne gestion de la trésorerie au quotidien.
Concrètement, banquiers, investisseurs et dirigeants l’utilisent pour répondre à trois questions très opérationnelles : l’entreprise a-t-elle financé ses investissements par des ressources solides ou par de la dette court terme ? Sa politique de distribution est-elle soutenable au regard de ses flux ? Et sa croissance consomme-t-elle plus de trésorerie qu’elle n’en génère ? Là où le bilan offre une photographie figée, le tableau de financement raconte le film de l’exercice : il met en évidence les arbitrages financiers réellement opérés entre deux clôtures.
La première partie : emplois et ressources stables
La première partie raisonne sur le haut de bilan, les éléments durables. Elle confronte les ressources stables de l’exercice aux emplois stables. Voici les postes normalisés du modèle PCG.
| Emplois stables (besoins durables) | Ressources stables (financements durables) |
|---|---|
| Distributions de dividendes mises en paiement | Capacité d’autofinancement (CAF) de l’exercice |
| Acquisitions d’immobilisations (incorporelles, corporelles, financières) | Cessions ou réductions d’éléments de l’actif immobilisé |
| Réduction des capitaux propres | Augmentation des capitaux propres (apports, primes) |
| Remboursements de dettes financières | Augmentation des dettes financières (nouveaux emprunts) |
La CAF est en général la ressource maîtresse : c’est l’argent dégagé par l’activité, avant toute décision d’investissement ou de financement. Attention, on retient le nouvel emprunt souscrit en ressource et le capital remboursé en emploi, jamais le solde net. Pour relier ces postes à la logique des comptes, le plan comptable général fournit la nomenclature exacte des classes mobilisées.

La variation du FRNG, pivot du tableau
La différence entre ressources stables et emplois stables donne la variation du fonds de roulement net global :
- Totalisez les ressources stables de l’exercice (CAF + cessions + augmentation de capital + nouveaux emprunts).
- Totalisez les emplois stables (investissements + dividendes + remboursements + réductions de capital).
- Calculez : variation du FRNG = total ressources − total emplois.
- Si le résultat est positif, le FRNG augmente (ressource nette) ; s’il est négatif, il diminue (emploi net).
Un FRNG qui progresse signifie que l’entreprise a financé ses investissements sans entamer son matelas long terme, voire en le renforçant. Un FRNG qui recule appelle la vigilance : il faudra vérifier, en deuxième partie, comment la trésorerie a absorbé le choc.
La deuxième partie : variation du BFR et trésorerie
La deuxième partie explique à quoi a servi la variation du FRNG. Elle se concentre sur le bas de bilan, les éléments liquides, et ventile la variation entre besoin en fonds de roulement et trésorerie selon l’égalité fondamentale :
| Composante | Contenu | Lecture |
|---|---|---|
| Variation du BFR d’exploitation | Stocks, créances clients, dettes fournisseurs | Une hausse du BFR consomme le FRNG |
| Variation du BFR hors exploitation | Créances et dettes diverses (hors cycle d’exploitation) | Effet ponctuel, à isoler |
| Variation de la trésorerie nette | Disponibilités − concours bancaires courants | Solde d’ajustement final |
La relation à retenir : variation du FRNG = variation du BFR + variation de la trésorerie. Si le FRNG augmente plus vite que le BFR, la trésorerie s’améliore. Si le BFR s’emballe (stocks et créances qui gonflent), il absorbe le FRNG et la trésorerie se dégrade, même quand l’entreprise est rentable. C’est l’un des pièges classiques des sociétés en forte croissance, qu’une banque professionnelle attentive surveille de près. En amont d’un projet, le même raisonnement structure le plan de financement prévisionnel.
Construire son tableau de financement : la méthode
En pratique, on ne part jamais d’une feuille blanche : la construction suit un enchaînement précis, à partir des deux bilans et de quelques données de l’annexe. Voici la marche à suivre.
- Réunir les pièces : bilan d’ouverture, bilan de clôture, compte de résultat et annexe (tableau des immobilisations, des amortissements et des emprunts).
- Calculer la CAF à partir du résultat net, en réintégrant les dotations aux amortissements et provisions et en neutralisant les plus ou moins-values de cession.
- Recenser les ressources stables : CAF, cessions d’immobilisations, augmentation de capital appelée et nouveaux emprunts contractés dans l’exercice.
- Recenser les emplois stables : acquisitions d’immobilisations, dividendes mis en paiement, remboursements d’emprunts et réductions de capitaux propres.
- En déduire la variation du FRNG (première partie), puis la ventiler en variation du BFR et de la trésorerie (deuxième partie) pour boucler le tableau.
L’erreur la plus fréquente consiste à raisonner en valeurs nettes. On ne porte pas « l’augmentation des immobilisations » d’un bilan à l’autre : on isole les acquisitions brutes en emploi et les cessions en ressource. Même logique pour les emprunts : nouveaux emprunts en ressource, capital remboursé en emploi, sans compensation. Cette rigueur est ce qui distingue un tableau de financement juste d’un simple comparatif de bilans.
Un exemple chiffré commenté
Prenons une PME industrielle qui a beaucoup investi cette année. Sur l’exercice, elle dégage une CAF de 120 000 €, souscrit un emprunt de 60 000 €, cède une machine pour 15 000 € et ne procède à aucune augmentation de capital. En face, elle acquiert pour 140 000 € d’immobilisations, rembourse 40 000 € de capital d’emprunt et distribue 20 000 € de dividendes. Voici la première partie de son tableau.
| Emplois stables | Montant | Ressources stables | Montant |
|---|---|---|---|
| Acquisitions d’immobilisations | 140 000 € | Capacité d’autofinancement | 120 000 € |
| Remboursements d’emprunts | 40 000 € | Nouveaux emprunts | 60 000 € |
| Distribution de dividendes | 20 000 € | Cessions d’immobilisations | 15 000 € |
| Total emplois | 200 000 € | Total ressources | 195 000 € |
Total ressources (195 000 €) − total emplois (200 000 €) = −5 000 €. La variation du FRNG est négative : le fonds de roulement net global a diminué de 5 000 €. L’entreprise a financé son programme d’investissement presque entièrement par ses ressources durables, mais a dû puiser légèrement dans son matelas long terme. Ce n’est pas alarmant en soi, à condition que la deuxième partie montre un BFR maîtrisé. Si, dans le même temps, le BFR avait augmenté de 30 000 €, la trésorerie aurait dû absorber 35 000 € de besoin — un signal à surveiller de près.
Le tableau de financement est souvent vu comme un exercice scolaire de DCG. C’est une erreur. C’est l’outil qui révèle si une entreprise finance sa croissance avec de l’argent durable ou en grattant sa trésorerie. Le réflexe à avoir : ne jamais lire la variation du FRNG seule. Un FRNG qui monte de 80 000 € pendant que le BFR explose de 120 000 € cache une trésorerie qui plonge. Lisez toujours les deux parties ensemble, sinon vous passez à côté de l’essentiel.
FAQ : tableau de financement
Quelle différence avec le tableau de flux de trésorerie ?
Le tableau de financement du PCG raisonne en variation de FRNG entre deux bilans ; le tableau de flux de trésorerie (norme ANC/IFRS) classe les flux par activité (exploitation, investissement, financement) et conclut directement sur la trésorerie.
Le tableau de financement est-il obligatoire ?
Il n’est pas exigé de toutes les entreprises. Il devient obligatoire dans l’annexe des sociétés qui dépassent certains seuils (système développé), mais reste recommandé comme outil de gestion pour les autres.
Pourquoi part-on de la CAF ?
La capacité d’autofinancement mesure la ressource interne dégagée par l’activité, indépendamment des décisions d’investissement et de financement. C’est la première ressource stable du tableau.
FRNG et fonds de roulement, est-ce pareil ?
Le FRNG (fonds de roulement net global) est la version retenue par le PCG : capitaux permanents moins actif immobilisé brut. C’est sa variation que la première partie du tableau explique.
Quiz : maîtrisez-vous le tableau de financement ?





