Deux entreprises achètent la même machine à 50 000 €. La première déduit 10 000 € par an pendant cinq ans. La seconde déduit 17 500 € la première année. Elles n’ont pas triché : elles ont simplement choisi un mode d’amortissement différent. Voici comment fonctionne ce choix, ce qu’il change vraiment, et quand le dégressif est réellement accessible.
- L’amortissement linéaire répartit la valeur du bien en annuités égales sur sa durée d’usage.
- Le dégressif applique un taux constant à la valeur nette restante : les annuités sont fortes au début, faibles à la fin.
- Le taux dégressif = taux linéaire × un coefficient fixé par l’article 39 A du CGI : 1,25 (3-4 ans), 1,75 (5-6 ans), 2,25 (plus de 6 ans).
- Le dégressif est optionnel et réservé à certains biens neufs d’une durée d’au moins 3 ans — les véhicules de tourisme et le mobilier en sont exclus.
Comparez les deux modes sur votre bien
Renseignez la valeur et la durée : l’outil calcule les deux tableaux d’amortissement et le point de bascule.
Ce qu’un amortissement représente vraiment
Amortir, c’est constater comptablement qu’un bien perd de la valeur en servant. L’écriture est toujours la même : on débite le compte 681 « Dotations aux amortissements », qui vient diminuer le résultat, et on crédite un compte 28 qui vient en déduction de l’actif au bilan. La différence entre la valeur d’origine et le cumul des amortissements donne la valeur nette comptable.
Point important pour la trésorerie : la dotation est une charge sans décaissement. Vous avez payé la machine une fois ; l’amortissement étale seulement cette dépense sur plusieurs exercices dans le compte de résultat. C’est d’ailleurs pour cela que l’excédent brut d’exploitation, qui se calcule avant dotations, reflète mieux la capacité réelle à générer du cash.
Linéaire : la règle par défaut
Le calcul tient en une division. Taux = 100 divisé par la durée d’utilisation. Un matériel amorti sur cinq ans donne 20 % par an, appliqués à la valeur d’origine, soit une annuité constante.
Une seule subtilité : la première année, l’amortissement se calcule prorata temporis, à partir de la date de mise en service. Un bien mis en service le 1er octobre ne supporte que trois mois de dotation sur le premier exercice, et le solde se reporte sur une année supplémentaire.
Dégressif : plus vite au début
Le dégressif applique un taux plus élevé, mais sur la valeur nette restante et non sur la valeur d’origine. Le taux se construit en deux temps : on prend le taux linéaire, puis on le multiplie par un coefficient légal qui dépend de la durée d’usage.
| Durée d’utilisation | Coefficient | Taux linéaire | Taux dégressif |
|---|---|---|---|
| 3 ans | 1,25 | 33,33 % | 41,67 % |
| 4 ans | 1,25 | 25 % | 31,25 % |
| 5 ans | 1,75 | 20 % | 35 % |
| 6 ans | 1,75 | 16,67 % | 29,17 % |
| 8 ans | 2,25 | 12,5 % | 28,13 % |
| 10 ans | 2,25 | 10 % | 22,5 % |
La bascule vers le linéaire. Comme la base diminue chaque année, l’annuité dégressive finit par devenir plus faible que ce qu’un amortissement linéaire donnerait sur les années restantes. À ce moment précis, on repasse en linéaire sur la valeur résiduelle. C’est une règle, pas une option : sans elle, le bien ne serait jamais totalement amorti.

Quels biens ouvrent droit au dégressif
Le dégressif n’est pas un libre choix pour tout l’actif. Il est réservé à des biens d’équipement neufs, dont la durée normale d’utilisation est d’au moins trois ans : machines et outillages, matériel de manutention, installations de production, matériel informatique, équipements de sécurité ou d’économie d’énergie.
En sont notamment exclus les biens d’occasion, les véhicules de tourisme, le mobilier de bureau et les immeubles d’habitation. Un ordinateur neuf est donc éligible ; le bureau sur lequel il est posé ne l’est pas. En cas de doute sur un matériel précis, la question se tranche avec votre expert-comptable avant la clôture, pas après.
L’écriture et le plan d’amortissement
Quel que soit le mode retenu, la traduction comptable est identique. À chaque clôture, une seule écriture passe dans le journal des opérations diverses : débit du compte 6811 « Dotations aux amortissements des immobilisations », crédit du compte 28 correspondant à la nature du bien — 28183 pour du matériel de bureau et informatique, 2815 pour des installations techniques.
Le compte 28 suit exactement la numérotation du compte d’immobilisation, avec un 8 intercalé : c’est la règle de symétrie du plan comptable général, qui permet de retrouver n’importe quel compte d’amortissement sans dictionnaire. Dans le grand livre, le cumul de ces dotations donne à tout moment l’usure enregistrée depuis l’origine.
À côté des écritures, le plan d’amortissement est un document obligatoire : établi à la mise en service, il fixe la base, la durée, le mode et la ventilation par exercice. Il se justifie en cas de contrôle et sert de référence si le bien est cédé avant la fin — la plus ou moins-value se calcule alors par différence entre le prix de vente et la valeur nette comptable du jour.
Lequel choisir ?
| Situation | Mode conseillé | Pourquoi |
|---|---|---|
| Entreprise bénéficiaire qui veut réduire son impôt à court terme | Dégressif | Charge plus forte les premières années, donc résultat imposable plus faible |
| Entreprise en démarrage, déficitaire | Linéaire | Inutile de creuser un déficit ; mieux vaut garder la charge pour des exercices bénéficiaires |
| Matériel qui se déprécie vraiment vite | Dégressif | Le rythme comptable colle à la réalité économique |
| Bien à durée longue et usage régulier | Linéaire | Simplicité, lisibilité du résultat d’un exercice à l’autre |
| Bien non éligible (occasion, véhicule de tourisme, mobilier) | Linéaire | Le dégressif est légalement fermé |
Le dégressif n’est pas un cadeau fiscal, c’est un décalage. Vous déduisez plus tôt ce que vous auriez déduit plus tard : sur la durée totale, la charge est identique au centime près. Il n’a donc d’intérêt que si vous êtes bénéficiaire maintenant et que cet euro d’impôt économisé aujourd’hui vaut mieux qu’un euro économisé dans quatre ans — ce qui est souvent vrai quand la trésorerie est tendue. En revanche, sur une jeune entreprise déficitaire, c’est une fausse bonne idée : vous gonflez un déficit que vous ne valorisez pas. Et pensez au jour de la revente : un bien amorti vite affiche une valeur nette comptable faible, donc une plus-value taxable plus forte.
FAQ : linéaire ou dégressif
Le dégressif permet-il de déduire davantage au total ?
Non. Le total déduit est le même dans les deux modes : c’est la valeur du bien. Seule la répartition dans le temps change.
Quels sont les coefficients applicables ?
1,25 pour une durée de 3 à 4 ans, 1,75 pour 5 à 6 ans et 2,25 au-delà de 6 ans. Ils sont fixés par l’article 39 A du code général des impôts.
Peut-on changer de mode en cours d’amortissement ?
Le passage du dégressif au linéaire en fin de plan est au contraire obligatoire, au moment où l’annuité linéaire sur la durée restante devient plus avantageuse. En revanche, on ne revient pas sur le mode choisi à l’origine par simple convenance.
Un véhicule de société peut-il être amorti en dégressif ?
Les véhicules de tourisme sont exclus du dégressif. Un utilitaire affecté à l’exploitation peut en revanche y ouvrir droit s’il remplit les conditions de neuf et de durée.
Quiz : amortissement linéaire ou dégressif





